Streetwear : Quel rappeur a créé la marque comme 8 ?

2021. Sur les réseaux, un logo surgit, un nom s’impose : Comme 8. La scène streetwear française accueille un nouveau joueur, propulsé par le poids d’un nom qui claque dans les playlists autant que dans la mode. Koba LaD ne se contente pas de glisser son blaze sur une étiquette ; il se jette dans l’arène, façonne chaque collection, et brouille la frontière entre musique et style.

Contrairement à la tendance du partenariat éclair ou du tee-shirt vite estampillé, Comme 8 refuse l’éphémère. Koba LaD ne prête pas seulement son image : il prend la main, impulse ses codes, dicte le tempo. Exit le simple placement de produit. Ici, tout passe par la vision du rappeur, qui refuse le rôle de figurant dans sa propre histoire.

Le streetwear français, une histoire de créativité urbaine

Le streetwear ne s’est pas contenté de traverser l’Atlantique ; il a trouvé, dès les années 1980, un terrain d’expression unique en France. Né à New York sur fond de hip-hop, il débarque à Paris et en Seine-Saint-Denis, où il devient le code vestimentaire d’une jeunesse déterminée à s’imposer. C’est tout un langage textile qui s’invente, porté par les artistes, les jeunes de banlieue, les faiseurs de sons et de styles.

Dans cette dynamique, des marques françaises émergent et affirment leur propre vision. Les t-shirts sérigraphiés, les hoodies larges, les crewnecks s’imposent comme les pièces phares d’une génération. Certains collectifs, comme Vetements emmené par Demna Gvasalia, poussent les lignes. D’autres, à l’image de Y/Project ou Heron Preston, brouillent les codes entre street et couture. À Paris, le streetwear ne se vit pas que dans la rue : il s’invite sur les podiums, dynamite les cloisons traditionnelles, et séduit même les créateurs les plus établis.

Voici ce qui caractérise la montée en puissance du streetwear sur le sol français :

  • L’empreinte profonde de la culture hip-hop sur la création vestimentaire
  • L’appropriation rapide du style par une jeunesse urbaine en quête d’expression
  • L’inspiration puisée auprès de marques internationales telles que Supreme ou Off-White, véritables modèles pour la scène locale

Les collaborations mondiales se multiplient et la créativité urbaine s’enrichit. Supreme s’associe avec Nike ou Louis Vuitton, Off-White croise la route de Jimmy Choo ou Ikea. Ces alliances nourrissent l’ambition des marques françaises, qui inventent leur propre façon de raconter la ville, ses pulsations, sa diversité. Le streetwear hexagonal a cette capacité rare : capter l’énergie brute des métropoles, en faire un récit collectif, et donner à chaque quartier sa place sur la carte du style.

Pourquoi les rappeurs ont-ils tant influencé la naissance des marques ?

L’avènement du streetwear français se lit à travers le prisme du hip-hop et de ses figures. Dès le début du rap français, la mode n’est pas un détail : elle devient signe, étendard. Pour NTM, duo légendaire de Seine-Saint-Denis, chaque vêtement clame une position, relie la musique à la rue, la revendication sociale au choix esthétique. JoeyStarr et Kool Shen ne se contentent pas de rimer : ils imposent leur vision, jusque dans les coupes et les couleurs.

En 1998, JoeyStarr lance Com8, une marque qui s’adresse directement aux jeunes des quartiers, mais aussi aux sportifs ou aux comédiens qui se reconnaissent dans ce langage commun. Com8 ne vend pas simplement des t-shirts ou des hoodies : elle diffuse un message fort, centré sur la diversité, la singularité et l’affirmation de soi. C’est cette dimension collective, presque militante, qui fait la différence.

Bien avant l’ère des influenceurs, les rappeurs maîtrisent l’art de la mise en scène. Chaque clip, chaque apparition publique devient une vitrine où leur marque rayonne. L’impact d’un groupe comme NTM, la force de frappe du label B.O.S.S., le relais de radios telles que Skyrock, tout converge pour créer un phénomène où la marque fédère, rassemble, devient le point d’ancrage d’une génération. Le vêtement se fait lien social là où d’autres institutions peinent à jouer ce rôle.

Com8 : quand la culture hip-hop donne naissance à une marque emblématique

1998. Com8 fait irruption sur la scène, portée par JoeyStarr, figure incontournable de NTM. Dès le départ, la marque incarne l’esprit hip-hop : inclusivité, diversité, unicité. Ici, porter Com8, c’est afficher un engagement, marquer son appartenance à une communauté, affirmer une identité forgée dans la musique et la rue. Les hoodies, t-shirts et crewnecks signés Com8 s’arrachent, aussi bien dans les quartiers qu’auprès des sportifs comme Jérome Le Banner, boxeur et ambassadeur inattendu.

La fabrication ne laisse rien au hasard : matières naturelles, finitions solides, logo reconnaissable entre mille. Le style navigue entre décontraction et élégance urbaine. Paris sert de vitrine à cette effervescence, en boutique comme en ligne, avec une logistique qui vise l’efficacité pour livrer partout en France.

Com8 ne s’arrête pas à la vente de vêtements. Elle rassemble, lors de concerts, d’événements sportifs, de rendez-vous locaux où la musique et la mode se croisent. Le lien avec le label B.O.S.S., né lui aussi de l’impulsion de JoeyStarr, donne une cohérence à cet univers où la boxe, la rue et la créativité forment un tout. Après une période de retrait, la marque retrouve aujourd’hui un second souffle, animée par de nouveaux stylistes et soutenue par un public fidèle qui refuse de voir disparaître cet héritage singulier.

Jeune femme urbaine assise sur des marches de skate

Redécouvrir l’impact des pionniers sur les tendances actuelles du streetwear

Ce qui distingue le streetwear français, c’est sa capacité à s’ancrer dans un héritage précis, entre Paris et la Seine-Saint-Denis, là où le rap français a inventé ses propres codes. Avec Com8, JoeyStarr a posé les bases : dès la fin des années 1990, le vêtement devient un langage en soi, porteur de diversité et de revendication, à la jonction de la scène musicale et de la vie urbaine.

Les pionniers n’ont pas seulement capté l’air du temps. Ils ont su transformer les codes de la rue en modèles qui rayonnent bien au-delà de leur territoire d’origine. Aujourd’hui, le streetwear made in France dialogue avec les plus grandes références mondiales. Les créations revisitées de Com8 côtoient celles de collectifs comme Vetements ou Y/Project, tous deux bien implantés à Paris. L’héritage se lit dans le choix des tissus, le soin des détails, la volonté d’affirmer une identité forte.

Voici trois marques qui incarnent cette filiation et cette énergie renouvelée :

  • Com8 : fruit du hip-hop français, défendue par des artistes et des sportifs, attachée à son histoire.
  • Vetements : collectif novateur sous la houlette de Demna Gvasalia, qui a aussi marqué Balenciaga de son empreinte.
  • Y/Project : univers hybride et audacieux de Glenn Martens, basé à Paris.

Chaque label s’impose par sa capacité à saisir l’esprit d’une époque et à lui donner une suite. Les collaborations entre artistes et marques, la présence dans les médias, lors de concerts, entraînements ou galas, dessinent une circulation des influences qui dynamise tout le secteur. Né à New York, le streetwear s’est réinventé en France, porté par la force des pionniers et l’appétit créatif de ceux qui viennent après. Il suffit parfois d’un logo sur une épaule ou d’un refrain scandé pour mesurer jusqu’où la mode urbaine a su s’infiltrer dans nos vies, et ce n’est qu’un début.

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