La confusion entre « on a pris » et « on a prit » figure parmi les erreurs les plus fréquentes en français écrit. Les deux formes existent bel et bien dans la conjugaison du verbe prendre, mais elles appartiennent à deux temps distincts. Comprendre ce qui les sépare demande de regarder de près le mécanisme du participe passé et celui du passé simple.
Participe passé ou passé simple : tableau comparatif des formes du verbe prendre
Avant toute explication, un tableau permet de visualiser la différence entre les deux formes qui posent problème. La confusion naît du fait que « pris » et « prit » se prononcent de façon très proche, mais leur usage grammatical n’a rien en commun.
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| Forme | Temps | Auxiliaire ou conjugaison | Exemple |
|---|---|---|---|
| pris | Participe passé | avoir ou être | On a pris le train. |
| prit | Passé simple (3e pers. sing.) | aucun auxiliaire | Il prit la parole. |
| prise | Participe passé féminin | avoir ou être (accord) | La décision qu’il a prise. |
| prirent | Passé simple (3e pers. plur.) | aucun auxiliaire | Ils prirent la route. |
La colonne « auxiliaire » tranche la question : dès qu’un auxiliaire (avoir ou être) précède la forme verbale, c’est le participe passé. Le participe passé de prendre est toujours « pris », jamais « prit ».

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Le test du féminin pour vérifier la terminaison du participe passé
Les concurrents mentionnent souvent cette astuce sans expliquer pourquoi elle fonctionne. Le principe repose sur la morphologie du français : la consonne finale muette d’un participe passé masculin réapparaît au féminin.
- Pris donne prise au féminin, ce qui confirme le « s » final. Personne n’écrirait « prite ».
- Le même test s’applique à d’autres verbes du troisième groupe : « mis » donne « mise », « compris » donne « comprise », « appris » donne « apprise ».
- En revanche, un participe passé comme « conduit » donne « conduite » au féminin, ce qui confirme le « t » final pour ce verbe-là.
Ce test fonctionne pour tous les participes passés du français, sans exception. Il suffit de mettre mentalement le participe au féminin pour entendre la consonne finale et lever le doute.
Accord du participe passé avec avoir : ce que la phrase exige vraiment
Savoir que le participe passé de prendre est « pris » ne règle qu’une partie du problème. L’autre difficulté concerne l’accord de ce participe passé quand il est conjugué avec l’auxiliaire avoir.
La règle traditionnelle est la suivante : le participe passé conjugué avec avoir s’accorde avec le complément d’objet direct (COD) placé avant le verbe. Quand le COD est après le verbe, ou absent, le participe reste invariable.
Quelques cas concrets avec le verbe prendre :
| Phrase | Position du COD | Accord |
|---|---|---|
| On a pris les billets. | COD après le verbe | Pas d’accord : pris |
| Les billets qu’on a pris. | COD avant le verbe (qu’) | Accord au masculin pluriel : pris (identique ici) |
| Les décisions qu’on a prises. | COD avant le verbe (qu’) | Accord au féminin pluriel : prises |
| La route qu’il a prise. | COD avant le verbe (qu’) | Accord au féminin singulier : prise |
Le participe « pris » a la particularité de ne changer de forme visible qu’au féminin (prise, prises). Au masculin pluriel, « pris » reste graphiquement identique au masculin singulier.
La tolérance liée aux rectifications orthographiques
Un point que les fiches concurrentes n’abordent pas : les rectifications orthographiques de 1990 ont ouvert une tolérance pédagogique sur l’accord du participe passé avec avoir. Des ressources universitaires comme Usito (Université de Sherbrooke) présentent désormais deux options : la règle traditionnelle (accord avec le COD antéposé) et une règle dite « réformée » qui tolère l’invariabilité systématique du participe passé avec avoir.
En pratique, cette tolérance reste peu appliquée dans les examens français et les milieux professionnels. Elle mérite d’être connue, notamment pour les apprenants qui trébuchent sur l’accord, mais la règle classique demeure la norme dans la majorité des contextes.

Passé simple en « prit » : un temps littéraire à ne pas confondre
La forme « prit » existe, mais elle appartient au passé simple. Ce temps s’utilise presque exclusivement à l’écrit, dans un registre littéraire ou narratif. On le rencontre dans les romans, les contes, les récits historiques.
La différence structurelle est nette : au passé simple, le verbe se conjugue seul, sans auxiliaire. « Il prit son courage à deux mains » ne contient ni « a » ni « est » avant « prit ».
Quand la phrase contient « on a », « il a » ou « elle a » suivi du verbe prendre, c’est toujours le passé composé, donc toujours « pris » avec un « s ». La présence de l’auxiliaire avoir est le signal décisif.
Repérer le temps en une question
Face à un doute, une seule question suffit : y a-t-il un auxiliaire (avoir ou être) juste avant ? Si oui, on écrit le participe passé. Pour prendre, ce sera « pris ». Si le verbe est seul et que le récit est au passé simple, ce sera « prit » (troisième personne du singulier uniquement).
Verbes du même groupe qui posent le même problème
Prendre n’est pas un cas isolé. Plusieurs verbes du troisième groupe présentent la même ambiguïté entre leur participe passé en « -is » et leur passé simple en « -it ».
- Mettre : participe passé « mis » (elle a mis), passé simple « mit » (il mit la table).
- Apprendre : participe passé « appris » (on a appris la nouvelle), passé simple « apprit » (elle apprit la vérité).
- Comprendre : participe passé « compris » (j’ai compris), passé simple « comprit » (il comprit enfin).
Dans chaque cas, le test du féminin confirme la terminaison du participe passé : mise, apprise, comprise. Et dans chaque cas, la présence de l’auxiliaire impose le participe passé en « -is ».
La distinction entre « on a pris » et « on a prit » se résume à un réflexe : auxiliaire présent, participe passé « pris ». Pas d’auxiliaire et récit littéraire, passé simple « prit ». Le test du féminin (prise) et la vérification de l’auxiliaire sont deux garde-fous qui fonctionnent à chaque fois, quel que soit le verbe du troisième groupe concerné.

